samedi 5 août 2017

Etape 16 Alpnachstad - Langnau im Emmental / 3553 Gohl ; samedi 5 août 2017

Distance
76km
Dénivelé
780m
Durée de pédalage
5h
Moyenne
15,3Km/h
Col(s)

Canton(s)
Berne, puis Fribourg
Pays
Suisse

Camping fin d'étape : Langnau im Emmental Mettlen Camping AG, Mettlen 946, 3553 Gohl

Ma piscine de ce matin





Je suis tombé dans un piège ; Suisse. Sournois les Suisses. A 16h30. Pile poil l’heure du goûter. Et là embuscade Suisse (toujours).  Je n’ai rien pu faire contre la traitrise de ces Suisses ; Allemands, les pires. Piégé. Et, j’ai succombé au péché de gourmandise. Totalement. Je me suis vautré dedans et je m’en suis délecté. Fort et longtemps. Devant l’ampleur de mon péché, devant le plaisir que j’en ai retiré, devant l’envie que j’aie de recommencer, je subodore une absolution bien difficile à obtenir. Mais ne dit-on pas que les voies du seigneur sont impénétrables… Enfin, je serai plus rassuré sur l’issue de cette affaire difficile si j’avais quelque grosse fortune à léguer à notre Sainte mère l’Eglise. Bien que l’époque des indulgences en vigueur lors du vivant de notre défunt et regretté Pascal soit officiellement révolue, je soupçonne que la chose pourrait aider considérablement à obtenir mon pardon. Ah seigneur, le monde est si vénal.

Mais que je vous raconte.

Je roulais tranquillement, n’étant plus en capacité physique de faire autrement, sur mon petit vélo. Je ne pouvais plus m’assoir sur cette selle satanique, et je n’avais plus la force de me tenir en danseuse, debout sur mes pédales. La situation devenait désespérée. Je comptais chaque centaine de mètres qui me rapprochait que ma destination, un espéré camping devant se trouver à l’écart du village de « Langnau im Emmental ». J’avais mal partout, j’étais fatigué, et j’avais faim. J’étais donc vulnérable.
Je passais en revue toutes les raisons qui me poussaient à haïr les Suisses. Les montées qu’ils se plaisaient à placer devant mes roues. Le fait qu’ils parlassent Allemand, jargon auquel je n’y comprenais mot ; ne parlait-on pas dans le passé de langues barbares pour ces langues gutturales insondables venues du nord. La propreté de leurs routes, de leurs bas cotés, de leurs trottoirs, de leurs villes, de leurs campagnes, bref leur proverbiale et vérifiable propreté qui nous fait comparativement passer pour des barbares, nous, les Français, héritiers de la Révolution Française, des droits de l’homme et du citoyen, exterminateurs de l’aristocratie, coupeurs de têtes couronnées, pourfendeurs de religions asservissantes. Le prix exorbitant de leur camping. L’excellence de leurs fromages, de leurs yaourts, de leur crèmerie, de leur laiterie. Qu’ils soient capables de taxer le carburant Diesel plus que l’essence, nous ramenant à nos petites combines Françaises. Le fait que la météo prévoit de la pluie pour demain… Bref, cela faisait une bonne heure que je maudissais ce peuple, ce pays, et, à chaque fois que je croyais la liste de mes récriminations épuisée, un nouvel élément venait s’y ajouter. Je ne peux donc vous en fournir un catalogue exhaustif, la durée de mes vacances n’y suffirait pas et je me verrai donc définitivement fixé en Suisse contraint d’apprendre l’Allemand.

 Je me fatiguais à maugréer lorsque tout à coup, un panneau : « Kambly ». Non point un panneau de signalisation routière, non, une signalétique publicitaire représentant 2 maîtres pâtissiers avec la toque adéquate tenant chacun un plateau d’argent élégamment garni de pâtisseries d’apparences tout à fait comestibles. Et tout ça à l’heure du goûter. LE piège. Ma fabrique à salive entre instantanément en production. En surproduction même, et je dois déclencher le plan de secours pour éviter toute implosion du système productif. Car, il faut que je vous dise, depuis que je suis entré en Suisse, je rêve de me corrompre avec du chocolat Suisse. Car, je raffole de chocolat, noir, sans fourrage ou autre altération de ce genre. Non, du chocolat brut, noir, avec éventuellement quelques amandes ou noix. Mais en vélo impossible d’accéder à ce fantasme sans devoir manger la tablette en question immédiatement et complètement. Ce qui ne me poserait aucune sorte de problème habituellement. Mais là, je crains des représailles de mon corps lorsque je solliciterai quelques efforts cyclistes. Et impossible de conserver ce chocolat 10 minutes du fait de la chaleur. Donc, je suis en état de très grande frustration. Je rêve de chocolat Suisse sans pouvoir accéder à cette douceur ultime. Et puis voilà « Kambly » qui jette en pâture devant mes yeux  toutes ces tentations. C’est décidé, je m’arrête, et tant pis pour ma santé future, je vais déguster un de ces fabuleux chocolats, une de ces fabuleuses pâtisseries. Je trouve une paroi assez solide pour supporter mon vélo qui pose les mêmes problèmes de stationnement qu’un semi remorque, et j’entre dans l’antre des délices. Diable, mais alors Belzébuth est Suisse. Et son repère est ici. J’entre dans le royaume de la tentation. Je suis dans l’univers de Tim Burton de « Charly et la chocolaterie ». 

Allez hop, un petit beurre au chocolat noir... J'adore...


Tous mes désirs sont à portée de main : des gâteaux partout, en sachets, en dégustation. Partout. Des gâteaux au chocolat, à la noix de coco, aux amandes, des sablés, du chocolat …  Un univers de gourmandise à disposition gratuite. Alors, sûr, je me gave. J’avoue mon grand péché. Je m’en repends, même, maintenant. Je goûte tout. Ou presque. Surtout ce qui est enrobé de chocolat. Plusieurs fois pour être certain que le goût me convient, pour tenter de saisir parfaitement la différence subtile avec le goût de son voisin, là, dans la boîte à coté.

Péché de gourmandise. Total.

A ma décharge, je ne suis pas le seul. On se croirait dans un documentaire sur une bande de requins pointes noires affamés au milieu d’un banc de poissons. Etourdissant. Les requins partent à droite, à gauche, tout droit, font demi-tour, bref ne savent plus ou donner de la tête. Ils s’étourdissent devant un tel banquet à disposition. Et ils dévorent, dévorent, dévorent encore et toujours plus ; Jusqu’à ce que, hébétés, gavés, ils ressentent comme une lourdeur, là, dans leur estomac désormais en surcharge, leur estomac qui crie halte, leur estomac qui ne peut plus absorber et qui voit jusqu’au loin, une file d’attente digne d’un parc de loisir Walt Disney. Un estomac qui craint la rupture, l’explosion, la révolte de son personnel productif. Alors les requins, repartent, lourds, déjà malades, se jurant de ne plus recommencer… avant la prochaine fois.

Moi, le ventre lourd, traînant par terre, je vais m’assoir dans la zone salon de thé et je commande un chocolat chaud. Pour faire digérer, sans doute. Succulent. Et accompagné d’un morceau de chocolat maison. Miam. Je ne pensais pas, mais mon estomac avait conservé quelques places libres. Au cas où. Très prévoyant mon estomac. Dans nos économie, il faut optimiser, rentabiliser, assurer une croissance toujours plus forte, produire toujours plus, consommer encore plus, donc avant de partir, je refais un nouveau tour très attentif de la maison de Belzébuth. Que c’est bon. Bon, il faut que je quitte ce lieu sinon je vais y rester. Et y mourir. Diable, je ne peux sortir d’ici sans acheter un paquet de ces fabuleux gâteaux que j’ai pu goûter et goûter pour la xième fois. Mais hélas, 3 fois hélas, je ne peux en pendre au chocolat pour les raisons de conservation déjà évoquées. Je prendrai in fine, après avoir hésité longtemps, ces délicieux gâteaux à la noix de coco.

Que dire d’autre de cette journée ? Que je suis passé dans des régions plus industrieuses, moins riches que les débuts du canton de Berne avec ses les domaines skiables puis ses stations balnéaires comme Interlaken. Maintenant, il y a toujours des chalets, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement en Suisse, mais moins richement décorés, plus fonctionnels. La région est à la foi plus agricole et plus industrielle. Les espaces sont plus plats, plus vastes, plus faciles à aménager. Alors ici aussi on construit des ensembles de grands et nombreux immeubles autour de Lucerne. En y passant, j’ai pu admirer les jardins potagers de ces citadins. Comme chez nous, pour nos ex jardins ouvriers, une
multitude de petites parcelles sont dédiées au potager tout en étant et agrémentées de nombreuses fleurs. Au milieu de chaque petit terrain clos trône un charmant abri de jardin maquillé en mini chalet. Et à coté, les pistes cyclables, propres comme toujours.
Le vert est de plus en plus prédominant. La couleur et la nature des prairies ressemblent à celles de la Normandie. La terre est bien grasse. On y enfonce aisément les sardines de la tente.
Me voilà dans la région de l’Emmental.

L’arrivée jusqu’au camping fut longue mais magnifique. Je quittais la route bleue numéro 10 pour m’engager dans des routes de campagnes très étroites. Les paysages devenaient de plus en plus beaux à mesure que j’avançais (difficilement). Avec en point d’orgue, le camping “AG” à Gohl. Calme, verdure à foison, cris d’oiseaux, tintements de cloches et meuglements de vaches, hennissements de chevaux, caquètements de poules, aboiements de chiens dans le lointain. Tiens, en parlant de chiens, j’ai planté ma tente à côté de 2 jeunes soixantenaires Suisses dont les 2 chiens, un grand élancé à poil long et un Jack Russel, m’ont accueilli avec force aboiements. J’adore les chiens, leur coté enjoué, leur douceur, leur dévouement, leur gentillesse, alors, j’ai de suite sympathisé avec eux, et la tente montée dans ce petit paradis naturel, je me suis endormi, dans l’herbe, avec les 2 chiens collés contre moi. C’était bon de sentir leur chaleur, leur cœur respirer calmement. Mes mains posées sur eux, j’ai sommeillé très profondément presque 2h jusqu’à ce que le froid me réveille. Il était temps d’aller dormir dans ma tente.

Je n’ai donc rien écris. Le retard m’a rattrapé encore une fois.

A demain, on annonce de la pluie.

Le camping du matin, sa plage, son lac



Le camping du matin, bucolique...

La piscine...



Autour du camping du soir, changement de décors














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