vendredi 28 juillet 2017

Etape 9 La Bathie - Megève ; vendredi 28 juillet 2017

Etape 9  La Bathie - Megève ; vendredi 28 juillet 2017
Distance
55km
Dénivelé
1500m
Vallée(s)
Isère puis val d’Arvy
Col(s)

Département(s)
Savoie (73), puis Haute-Savoie après Flumet  
Région(s)
Auvergne-Rhône-Alpes


Le village de Flumet







Et maintenant, en ce moment solennel qui nous réunis tous, je vous demande de faire silence afin que  l'adjudant chef Jean Pierre du 317eme bataillon du 42iéme RIMA rende hommage à un membre de notre famille aujourd’hui disparu, le soldat Morales.
Soldats, garde à vous !


PAROLES DE LA CHANSON POUR MORALÈS PAR DIDIER BÉNUREAU

A toi, A toi mon frère
Que j'ai aimé comme un père
Compagnon d'arme
Mort sur la route du devoir
Te voila maintenant rendu
Au pays des disparus
Mort pour l'honneur des 3 couleurs
Toi qui l'auras trop bien aimé
Et parfois même abusé
Te voila donc dans la bière
Dors, soldat Morales
Dors, dedans ta caisse

Car par delà de ta mort
Et de ses vers qui te picorent
Dans mon esprit tu brilles encore
Enfant de Marie tout en guenille
De la nation tu fut le pupille
Bébé martyr et violé
Tu devint vite alcoolisé 
Tu était simple dans ta tête
Tu était simple dans tes geste
La société t'as rejetée
Et c'est l'armée qui t'as aimée

Sur des paroles de par moi même
Et une musique de l'adjudant chef Jean Pierre
317eme bataillon du 42éeme RIMA
Chanson pour Morales
Compagnon de combat

Dans la campagne de France
J'avais t'un compagnon ... Que j'aimais,
Il était mon ami, mon frère,
Comme une sœur dans mon cœur ... Je l'aimais
Mort dans la rivière, la gadoue ...e
Déchiqueté ...ée, pulvérisé..ée
Sur cette mine tu as sauté, tête brûlée

Moralès, Moralès,
Disparu au champ d'honneur
Pour sauver les trois couleurs

Moralès, Moralès,
Toi qui voulais voyager
Te voilà z'éparpillé

Je t'ai pleuré, mon camarade
Versé des la..armes
Loin des fe..emmes
Rien ne te remplaceront
Ni la bière, ni ma mère,
Ni mon arme, ni les dames
La femme est l'avenir des po...ommes
Comme dit Aragon, roi des cons

Moralès, Moralès,
Disparu au champ d'honneur
Pour sauver les trois couleurs

Moralès, Moralès,
Toi qui as pris le pari
De partir en confetti

Et je te jure sur ta tombe
Qu'un jour un monde
Où la pureté,
Triompheront,
Car l'ennemi règne ici-bas,
Méchanceté...ée, brutalité...ée
Et les dealers, et les chômeurs,
Les communistes, psychanalystes
Tous des pédés, dégénérés .... Au temps pour moi

Moralès, Moralès,
Disparu au champ d'honneur
Pour sauver les trois couleurs

Moralès, Moralès,
Toi qui voulais battre des records
A vingt ans déjà t'es mort



Soldats du 42 Rima, rompez.
Hier le soldat Morales et aujourd’hui le soldat « Sigma BC14.16 » (matricule : compteur de vélo). Non, non et non. Soldats, c’est est assez ! Il nous faut nous ressaisir ! Sinon le froid, la pluie et, accessoirement ces putains de Viet (complètement) cong nous aurons jusqu’au trognon. Si on les laisse faire, il nous boufferons le foi et la rate ces charognards : et il les cuisineront en rouleaux de printemps ! Vous voulez vous laisser mettre par cette bande de fumiers dégénérés. Non ! Alors, soldats, de la discipline et de l’esprit de corps ! Portons haut les couleurs du drapeau de la mère patrie. Luttons. Et prions pour que le soldat « Sigma BC14.16 », mortellement touché, ne décède pas. Son état empire de jour en jour. Son électroencéphalogramme est aujourd’hui presque plat. Ses convulsions sont de moins en moins nombreuses et les médecins militaires sont pessimistes. Nous avons placé nous nos espoirs dans le fleuron de notre technologie de réanimation : notre « Four sacoche de guidon 7L ORTLIEB Ultimate 6 Pro E M ». Et je peux vous dire une chose : le soldat « Sigma BC14.16, expulse de la buée. Il est donc encore en vie. Tant qu’il y a de la buée, il y a de l’espoir. Non, nous ne débrancherons pas le soldat  « Sigma BC14.16 ». Non, nous ne l’enterrons pas. La buée que nous voyons apparaitre dans notre four est la preuve que le soldat  « Sigma BC14.16 » expire. Et s’il expire, c’est qu’il respire. Et s’il respire, c’est qu’il vie encore.
Le soldat « Sigma BC14.16 » à coté du four ORTLIEB sacoche de guidon

Alors, gardons espoir. Il lutte, nous luttons. Il faut sauver le soldat  « Sigma BC14.16 ». Ah, il faut voir ses soubresauts qui l’agitent parfois. Il faut les voir comme j’ai eut la chance de les voir. Son corps débile se tord, sa bouche tente des sons souffreteux, ses yeux se révulsent, comme pour nous montrer qu’il lutte et qu’il n’est pas encore mort. Soldats, nous ne débrancherons pas le soldat « Sigma BC14.16. Il est le symbole de notre esprit de résistance, de notre capacité à ne jamais abandonner tant que nous aurons encore un souffle de vie. Envoyez les trompettes et hissez le drapeau bordel.
Ah ce soldat  « Sigma BC14.16 », quel héro ! Je l’avais d’abord cru réincarnation du chevalier Bayard, mais il se refuse à décéder totalement. Il ne peut être non plus le nouveau Rambo car, son coma est trop long. Et Rambo, hein, il n’a pas de temps à perdre avec le coma, il a du Viet (complètement) cong à butter en masse.
 Ce matin, soldat  « Sigma BC14.16 » a agonisé longuement. Ah, vous auriez vu ces lignes qu’il tentait de dessiner sur son petit écran : des lignes horizontales, puis, et ce fut une première, des lignes verticales. Il a même tenté des dégradés de noir, avec des effets stroboscopiques. Sur sa fin de vie il développe un petit côté artiste contemporain le soldat  « Sigma BC14.16 ». Puis plus rien et je me suis dit, là, c’est vraiment fini. Et puis alors que je m’y attendais le moins, une demi-heure après ce qui était apparu comme le signe de sa fin, le revoilà qui revient à la vie : il s’est fait un petit Reboot (redémarrage) tout seul comme un grand et le voilà de retour avec un affichage comme au premier jour. Il est fort ce soldat  « Sigma BC14.16 », non ? Non. Car 3 minutes après ce retour en majesté, le voilà qui recommence à zébrer, à clignoter, à dessiner des lignes, et hop, le vl’à t’y pas qu’il me ressort encore un Reboot de derrière les fagots, et encore un autre, et un autre... Moi, je lui dis stop mon coco ! Tu va y rester à ce rythme là. Et que je le replace une nouvelle fois en réanimation dans ma sacoche de guidon Ortlieb, modèle four haute chaleur. Je lui enlève sa pile, je le laisse la tripaille à l’air. Puis,  hop j’te l’enfile dans la sacoche de guidon sous le film plastique transparent qui sert, officiellement de couvercle et officieusement  à faire exploser les Smartphones. Et mon petit compteur « Sigma BC14.16 » de me refaire le coup de la buée. Mais il a avalé une sacrée tasse dans le Galibier pour faire comme cela de la buée à tout va. Elle va bien finir pas s’évacuer toute cette humidité logée dans ces circuits imprimés et qui le fait dérailler. Pour parfaire cette ponction d’épanchement de synovie, à chaque arrêt, je le sors du four et je le mets en plein soleil, en prenant bien soin de le tourner régulièrement. Comme avec une rôtissoire quoi.

Alberville en passant
Enfin moi, voir tous ces morts, tous ces mourants autour de moi, ça a fini par m’en mettre un coup. Ma forme s’en ressent, pour sûr. Ce matin je n’ai plus d’énergie : j’ai mal aux jambes et je n’avance plus. Et mes fesses, terrible. Elles me brûlent tant et si bien que je pourrais croire que se sont elles qui se trouvent dans ma sacoche de guidon. Des fesses pareilles, c’est pas humain. C’est Babouin, tout au plus.
La montée vers Megève est très difficile. Je m’arrête (trop) souvent. Pour manger d’abord, puis à Flumet ensuite. Et puis enfin à « Praz-sur-Arly », 4,5km avant Megève, je flanche. Un peu comme ces chevaux à qui l’on imposait un trop long galop, et qui, d’un coup, s’écroulaient net, sous leur cavalier. Comme c’est parti là, je sens que je vais bientôt être bon pour l’abattoir, moi ! Ce n’est pas le moment de hennir. Il  faut que je me retienne. Avant que l’on m’achève, je me trouve un abri (à l’ombre des équarisseurs), je sors mon PC, et je tente de rédiger mes sensations du jour. Sorte de testament sans legs. Ici, à « Praz-sur-Arly », il y a 2 campings. Je pourrais terminer cette journée qui ne convient pas à mon petit corps si faible. Oui mais voilà, j’avais prévu Megève comme étape finale, et je renâcle à l’idée de capituler si près du but.

Bon, en fin de compte, j’ai été jusqu’à Megève. Et la j’ai crayonné comme une bête pour trouver le camping du Bornand. Je me suis avalé des côtes, et puis encore des côtes… Et des côtes. Je suis arrivé aplatit comme une carpette. J’ai les jambes détruites. Elles ne veulent plus rien savoir les bougresses. Et mes fesses qui me font une allergie intégrale à la selle, c’est pas de bol.
Je suis à 1050m à la sortie de Megève, et c’est décidé, demain je reste là pour me refaire un peu et pour démonter mon frein avant de vélo que je trouve de plus en plus bruyant et de plus en plus faible. Si je ne trouve rien d’anormal, j’irai peut-être visiter un magasin de vélo afin d’avoir leur avis.
Bon, et  bien, à demain.



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